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CRIMEN, Drama, Policiaco, Suspense, Thriller

MAIGRET ET LE MORT AMOUREUX

Film de Pascal BONITZER, France, 2026

Critique de Véronique GILLE

Durée: 80 min.

Année: 2026
Pays: France
Réalisation: Pascal Bonitzer
Scénario: Pascal Bonitzer. Roman: Georges Simenon
Musique: Alexei Aigui
Photographie: Pierre Milon

Interprétation: Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob, Dominique Reymond, Micha Lescot, Olivier Rabourdin, Laurent Poistrenaux, Julia Faure, Stéphane Mercoyrol, Arcadi Radeff, Noël Simsolo, Jeremy Lewin,
Genre:   Intrigue. Drame. Crime. Enquête policière.

      Pascal Bonitzer ressuscite le célèbre commissaire du Quai des Orfèvres créé par Georges Simenon. Cette fois-ci, c’est l’acteur Denis Podalydès qui endosse la gabardine beige du commissaire plutôt taiseux. Reconstitution fidèle de l’atmosphère des enquêtes du héros si cher à Simenon, le film propose de surcroît des décors et des vues de Paris splendides. Denis Podalydès incarne le fumeur de pipe, amateur de blanquette de veau dans une mise en scène sobre et moderne et offre un autre Maigret – tant d’acteurs ont interprété avec plus ou moins de succès le rôle -, non un Maigret de plus. Le film se distingue par son charme rétro, sa simplicité sans mélancolie.

      D’une certaine manière, Pascal Bonitzer, au travers de son acteur principal, parvient à traduire l’intérêt que suscite chez lui le personnage. Dans son film, le commissaire est plus jeune, plus mordant et plus vif qu’habituellement, ce qui fait de lui un Maigret à part, car c’est un Maigret sûr de lui, sans abîme de perplexité face à l’énigme du crime. Le spectateur pourra, toutefois, se demander si Denis Podalydès en nouveau Maigret est une simple affaire de marketing. Heureusement, non. Avec une sobriété bienvenue, l’acteur incarne son personnage sans jamais en rajouter, parfois même sans sembler jouer, surtout dans les échanges quotidiens avec son équipe. On converse, on suppose, on plaisante, on mange, on boit.

      La présence de Maigret dans le cadre suffit à imposer sa bonhomie tranquille et confiante. Pascal Bonitzer adapte ce roman de Georges Simenon, en réalité intitulé Maigret et les vieillards, inspiré, sensible, malicieux aussi, frère de ce Maigret que Denis Podalydès interprète sans un mot plus que l’autre. On se surprend à suivre, avec plaisir, cette enquête à l’ancienne (ce Maigret-ci n’aime pas les objets technologiques modernes d’aujourd’hui). Ce polar d’atmosphère réussit le pari d’être à la fois sans véritable soubresaut et avec un intérêt certain. L’acteur, qui porte le chapeau du célèbre commissaire, est plutôt aérien sans laisser deviner la face intime d’un commissaire qui vit dans ses pensées tout en appréciant beaucoup les nourritures terrestres.

      Il sonde les individus plus que les indices dans des dialogues ciselés et drôles avec un rythme qui ne se rompt pas, surtout entre le commissaire et la domestique du mort : Anne Alvaro incarne une Jacotte froide et bigote à souhait face à un commissaire méticuleux, placide et discret. Charme suranné, aventure policière bien charpentée, avec ce qu’il faut de doutes et de peinture sociale pittoresque. Le film opère en milieu très bourgeois, voire aristocratique, au creux desquels demeurent les vieilles rancœurs familiales et amoureuses. Mais un personnage de Simenon est une personne, avant d’être un assassin et le réalisateur restitue cette atmosphère tant simonienne, l’intrigue n’ayant qu’une importance secondaire. On côtoie beaucoup de personnages avec leurs qualités et leurs défauts.

       Jacotte, la gouvernante acariâtre, presque castratrice, joue un rôle trouble et troublant, ambigu et difficile. On peut ressentir la tension des interrogatoires, l’imperturbabilité et le sang-froid des personnages qui se renvoient la balle avec une jubilation de chaque instant. Le film connaît un crescendo dans sa construction dramatique menée par un enquêteur intuitif et posé. Les dialogues sonnent vrais, sans esbroufe ni fioritures, la photographie est en couleurs opaques, dominée par les bleus et les verts dans les bureaux de la police suggérant l’opacité des personnages et de l’enquête, puis le rouge s’invite dans les images finales – serait-ce la colère du commissaire ou le sang versé des victimes ? – devant une justice parfois impuissante et démunie.

      Les décors sont esthétiques – les hôtels particuliers parisiens de l’ancien ambassadeur et de la famille de Vuynes – et crédibles. Rien de superflu ou d’ostentatoire, mais la caméra de Pascal Bonitzer sait traquer les moindres détails qui peuvent faire avancer l’intrigue même si parfois le réalisateur ne peut éviter l’aspect théâtral tant il y a de scènes d’intérieur. Cependant, les mouvements discrets de cette caméra savent se faire fluides et efficaces. Concluons en jugeant que c’est un ouvrage commercial de qualité sans surprise, mais sans faiblesse, adroitement construit, classiquement raconté, agréablement joué.

MAIGRET ET LE MORT AMOUREUX – Critique_ version espagnole

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