Cine actual: estrenos, recomendaciones y festivales.

Comedia, Drama, Maternidad

SOLOMAMMA

Film de Janicke ASKEVOLD, Norvège, 2025

Critique de Véronique GILLE

Durée: 100 min.

Année: 2025
Pays: Norvège
Réalisation:  Janicke Askevold
Scénario: Janicke Askevold, Jørgen Færøy Flasnes, Mads Stegger
Músique: Karlis Auzans, Paulius Kilbauskas, Vygintas Kisevicius
Photographie: Torjus Thesen

Interprétation: Lisa Loven Kongsli, Herbert Nordrum, Nasrin Khusrawi, Rolf Kristian Larsen, Trude-Sofie Olavsrud, Kaveh Tehrani, Celine Engebrigtsen, Stine Fevik,
Genre:    Drame. Comedie. Maternité

    Édith, journaliste de quarante ans, a décidé d’être mère célibataire grâce au don de sperme anonyme. Mais de manière inattendue, elle découvre l’identité du donneur et, sans relâche, elle se met à sa recherche. Cette recherche lui apprend combien il est difficile d’avoir une place dans la société norvégienne : en tant que mère célibataire, sa place n’est pas vraiment reconnue, comprise et acceptée. En adoptant une idée non traditionnelle de la famille, elle doit affronter les défis de son choix et subir les remarques parfois inconsciemment déplacées de ses connaissances proches. Le film débute comme un huis-clos freudien, mais s’enrichit peu à peu de la relation qui se tisse entre Édith et Niels, le donneur et père de son enfant.

     Les deux protagonistes incarnent à eux seuls l’intensité de la fiction et sont en quelque sorte la chair du récit. Du huis-clos freudien au récit initiatique, avec cœur mais sans pathos, Solomamma raconte aussi l’histoire de ces femmes qui ont fait un choix difficile à assumer dans leur quotidien parce que la société y rechigne. On aurait vite fait de s’imaginer le film en psychodrame torturé. Mais ce serait oublier la sensibilité de la cinéaste et sa manière tragi-comique de flirter avec quelques clichés sans jamais perdre de vue la complexité du dilemme qui secoue Édith face à un choix incompris de ses proches.

     Le long-métrage ressemble à une dramédie qui assume ses faiblesses et ses influences dont la plus frappante est celle de Bergman dans les portraits insistants d’Édith et de Niels. Les gros plans répétés dévoilent l’intimité des deux personnages, mais pas seulement. Cette dramédie s’inscrit dans l’époque via quelques piques en direction d’un machisme devenu inconscient, mais bien présent et non assumé et soulève la sempiternelle question du libre arbitre féminin dans une société restée masculine. La réalisatrice s’en remet à ses interprètes,  convaincants et délicats, et sous une forme déliée présente un millefeuille de séquences en tissant un récit qui gagne en vérité et en émotion à mesure que les deux protagonistes en deviennent le cœur.

     Janicke Askevold explore l’héritage familial en filigrane – la mère d’Édith a élevé sa fille seule – et le spleen féminin comme la perpétuation d’une douleur patriarcale, sociale ou existentielle… transmise d’une génération à l’autre. Machisme rampant, accusation d’égoïsme, la cinéaste traite cela, mais épouse surtout la solitude de son héroïne qui ne plie pas. À la fois épuré et romanesque, le film questionne le refus de la norme, la conception de la maternité, la caméra captant avant tout les expressions d’Édith, ses doutes, ses failles, son refus d’abdiquer. Bref, sa droiture et son honnêteté.

     Il faut un certain temps pour s’accoutumer au rythme du film où le destin d’une mère célibataire et esseulée est tressé par le hasard des circonstances à celui du père de son enfant. Toutefois, elle n’est pas tout à fait seule, car il y a une sorte de déploiement de répétitions et d’échos – Niels est également le donneur de l’enfant d’une de ses amies -, de sororité qui se diffuse dans l’atmosphère. Tout l’enjeu du film consiste à trouver un équilibre entre découverte, compréhension et acceptation d’une autre situation que celle pensée initialement. C’est un numéro d’équilibriste périlleux pour Édith, mais pas impossible, qui confère à l’ensemble son lot de questionnement et de tension sans jamais le priver d’un possible horizon heureux.

Vue au BCN FILM FEST IX de Barcelone. Palmarès de ce festival :

PRIX DU MEILLEUR SCÉNARIO: Janicke Askevold, Jorgen Faeroy Flasnes, Mads Stegger

PRIX DE LA MEILLEURE ACTRICE: Lisa Loven Kongsli

PRIX DE LA CRITIQUE (ACCEC) SOLOMAMMA:

SOLOMAMMA _Critique_ version espagnole

Dejar una respuesta