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Documental, Flamenco

FLAMENCO SKETCHES

Documentaire de Isaki LACUESTA, Espagne, 2026

Critique de Véronique GILLE

Durée: 78 min.

Année: 2026
Pays: España
Réalisation: Isaki Lacuesta
Scénario: Isaki Lacuesta, Pedro G. Romero, Luis E. Parés
Músique: Plusieurs
Photographie: Adriana Vila Guevara, Lara Vilanova

Interprétation: Rocío Molina, Alba Flores, C. Tangana, Soleá Morente, Georges Didi-Huberman, Pedro G. Romero, Perrate de Utrera, Serranito, José Manuel Gamboa, Nazario, Pastora Filigrana,
Genre: Documentaire. Flamenco.

      Pourquoi le documentaire d’Isaki Lacuesta sur le flamenco est-il aussi efficace ? Il faudrait chercher la part que prend dans notre émotion le souvenir de cet art longtemps brimé, voire moqué. Considérons les thèmes qui y sont abordés : l’amour meurtri, la possession d’un être par un autre être, l’attachement aux origines, le patriotisme, le sentiment de l’honneur… La force du flamenco vient peut-être de ce qu’il repose sur des convictions aujourd’hui ébranlées, sur des données traditionnelles remises en question dans la plupart des pays. C’est un brusque dépaysement moral au centre d’une vieille Espagne affaiblie, singulière dans ses croyances ricanent les sceptiques.

      Mais le langage de ce documentaire aide à la qualité de sa compréhension. Les voix off dans des dialogues brefs expliquent, nuancent sans exhaustivité. Coupés de silences, ils accompagnent des images d’archives – souvent en noir et blanc – où dansent, chantent les plus grands représentants de cet art. Images qui se figent, se tourmentent pour signifier une fureur interne avec un débit ralenti, des adagios et des largos, des voix éteintes et de brusques éclats comme des abois où les mots perdent alors leur forme. C’est ainsi que Isaki Lacuesta transmet l’essence du flamenco dans la beauté de scènes serrées où se mêlent danse, musique, chant, histoire, politique.

       C’est une succession de photos tels des tableaux : envolée de robes, arabesques et volutes avec ou sans chatoiement de couleurs que l’on devine pourtant. En faisant défiler des saynètes mouvantes, le cinéaste donne à voir la somptuosité et la virtuosité du flamenco. Sensualité et grâce indéniables. De plus, la trame narrative est ambitieuse et accroche l’intérêt. Cependant, les scènes flash se multiplient parfois de manière continue et peuvent lasser. Le film adopte à la fois un style lyrique et un ton documentaire car il balaie le spectre musical et chorégraphique du flamenco avec ses différences, ses métamorphoses, sa liberté.

      Ce sont des corps battants que ceux de Carmen Amaya ou de Vicente Escudero et bien d’autres. Les danseurs sont sidérants d’audace et de modernité lorsqu’ils s’approprient, par exemple, la technique du zapateado (jeu de claquement des pieds sur le sol), d’ailleurs traditionnellement dévolue aux hommes. Fougue, énergie conquérante inspirent une transe frondeuse tissée de flux et de reflux. Cette première partie est une belle fresque de flamenco. Il reste à souhaiter que la deuxième partie annoncée soit aussi intéressante, riche, captivante.

FLAMENCO SKETCHES – Version espagnole

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