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Documental, Drama, HISTORIA

LA SURVIVANTE. LE 11 septembre N’ÉTAIT QUE LE  DÉBUT

Documentaire de Kike MAILLO, Espagne, 2025

Critique de Véronique GILLE

Durée: 88 min.

Année: 2026
Pays: España
:Réalisation Kike Maíllo
Scénario: Markos Goikolea

Genre: Documentaire, 11-S

     La mythomanie est une maladie mais ce qui est étonnant, c’est que la ou le malade est d’autant plus écouté qu’elle ou il dit ce que l’on veut entendre. L’histoire des grandes supercheries est là pour nous le rappeler. Le documentaire de Kike Maíllo nous conte une de ces grandes supercheries qui a défrayé les chroniques américaines et européennes après les attentats du 11 septembre 2001. Le documentaire nous prévient dès ses premières images que les personnes ont réellement existé tout comme les faits. Tout ici est question de confiance et de trahison, d’une femme – Tania Head – qui reçoit la confiance des victimes survivantes des attentats dont elle prétend faire partie et qui, sur la base de cette confiance, va berner ces victimes durant plusieurs années.

     Le documentaire est dense et complexe. L’heure et demie de sa durée n’est pas de trop pour développer cette histoire de la folie d’une femme qui s’invente une partie de vie où tous les ingrédients des émotions se mélangent : sa survie au milieu des décombres, son fiancé perdu à jamais dans l’une des tours, son mariage manqué, son désespoir face à l’inertie des pouvoirs publics qui oublient de protéger les survivants et leur immense douleur. Le documentaire, bien construit comme un thriller, n’est certes pas un documentaire d’action, mais il n’est pas exempt de suspense et de tension car il ya quelque chose de fascinant à découvrir cette femme réussir à mener les victimes, adultes donc consentantes, en bateau.

      De même, le documentaire est clair sur le but non lucratif de cette arnaque, ce qui renforce l’ambiguïté des réactions de ces mêmes victimes lorsqu’il découvrent le pot aux roses. En explorant la zone grise entre les apparences et la vérité, le réalisateur joue également sur les deux tableaux puisqu’il sait rendre sa protagoniste à la fois attachante et sans scrupules vraiment conscients puisque son comportement relève de la folie. Il va à la rencontre de Tania à l’identité double et il est intéressant de constater comment le documentariste s’efface derrière la caméra au bénéfice de témoins touchants et magnanimes. Tania a emporté dans son délire le destin fragile de ces personnes en grande souffrance qui ne parviennent toujours pas à se défaire de cette relation, même après la découverte de la vérité.

     Le documentaire ne tend pas à décortiquer le mécanisme psychologique de ce qui est une forme de folie. Chez le réalisateur, il y a une recherche à dérouler l’ignominie inconsciente de Tania et à mettre en scène le piège qui se referme sur elle qui ment aux autres, mais surtout à elle-même. En ce sens, Tania Head se métamorphose en monstre qui trompe l’ennui et le désespoir d’être soi avec des récits empruntés à son imaginaire. Toutefois, le film offre aux personnes dupées un espace de réparation afin qu’elles puissent continuer à vivre après la folie qui vogue en toute liberté, ravageuse, une folie non libérée pour autant de la souffrance qui l’autorise. Il explore la notion de vérité mais dénonce aussi la course à l’émotion des médias qui découvriront que cette belle histoire de résilience est fausse.

     L’américaine Tania a menti, d’ailleurs elle ne s’appelle pas Tania, d’ailleurs elle n’est pas américaine, et personne ne s’en est rendu compte. Cette fiction documentée, incarnée embarque le spectateur dans une mise en abyme réussie, portée par une réalisation aboutie et un scénario qui tient en haleine. Plus qu’une histoire à suspense, ce documentaire est un objet de réflexion philosophique sur la vérité. Kike Maíllo a peut-être le sentiment de servir une noble cause en auscultant cette fabrique du mensonge, mais il s’est peut-être aussi confronté à la notion juridique du droit à l’oubli et nous ne saurons pas tout. Il n’en reste pas moins que son film invite à questionner les pratiques journalistiques face au règne de l’émotion : éclairant à plus d’un titre.

DISPONIBLE SUR FILMIN À PARTIR DU 11 SEPTEMBRE

LA SURVIVANTE. Le 11 septembre n’était que le début – Critique — version en espagnol

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