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Drama, Familia, Paternidad

& SONS

Film de Pablo TRAPERO, Royaume-Uni, 2026

Critique de Véronique GILLE

Durée: 119 min.

Année: 2025
Pays: Royaume-Uni
Réalisation: Pablo Trapero
Scénario: Sarah Polley, Pablo Trapero. Novela: David Gilbert
Músique: Cristobal Tapia de Veer
Photographie: Diego Dussuel

Interprétation: Noah Jupe, Bill Nighy, Johnny Flynn, Dominic West, George MacKay, Imelda Staunton, Arthur Conti, Anna Geislerová, Pamela Shaw, Poppy Allen-Quarmby, Charlotte Dauphin, Kerry Frater, Guadalupe Barcala, Kieran Chalker,
Genre: Drame. Famille. Parentalité.

       Le dernier film du cinéaste argentin, Pablo Trapero, présente un écrivain célèbre qui a décidé de vivre reclus depuis une vingtaine d’années et est père de trois fils dont le plus jeune a dix-huit ans, l’âge de tous les possibles. Mais marqué par la mort récente d’un ami, Andrew, devenu alcoolique invétéré, décide de réunir sa famille éclatée. & Sons est l’histoire d’un désir de soi poussé à l’extrême, narcissique et barbare, le protagoniste étant figé dans sa pathologie. Ses deux premiers fils, Richard et Jamie, ne sont pas à sa hauteur géniale, de ce fait ce père hystérique supporte mal, même pas du tout, leur supposée médiocrité et place tous ses espoirs dans ce troisième fils, Andy, qui semble l’image de son propre père. Au regard du sujet, on peut penser que le réalisateur soumet le mythe de Pygmalion dans sa forme conventionnelle à une description critique et le formule à l’écran comme un mythe élitiste, voire  eugéniste.

       Dans son film, Pablo Trapero met ses talents de metteur en scène au service de l’exploration de la folie cachée de son personnage Andrew. Sa mise en scène se concentre sur les détails symboliques : un crayon, une feuille, un verre rempli ou vide, des livres partout et une image souvent voilée. Le cinéaste joue aussi avec le principe expressionniste d’utilisation de décors chargés de sens : un bric-à-brac incroyable, où tout n’est que désordre, règne et se fait symbolisation de l’état psychologique et pathologique de ce vieil écrivain reclus qui craint la mort et trouve dans sa grande maison la sécurité qui le protège de l’extérieur. La maison a pris possession de son propriétaire qui est gardé par Andy et la gouvernante, Gerde.

      Le réalisateur orchestre une variation sur les rapports haine-fascination entre un père et ses fils, particulièrement le fils aîné, Richard. Il fait de cette maigre intrigue un duel éprouvant où la relation filiale s’est fabriquée dans la douleur, à grands cris de colère et de soumission. La force du film est d’épouser cette furia malade sans jamais nier son autoritarisme dangereux, voire sa dimension fasciste, rendant cette histoire familiale plutôt cruelle. Mais c’est aussi une réflexion sur la quête obsessionnelle de la perfection qui forge le ressort dramatique. L’obstination d’Andrew à vouloir à tout prix se recréer, mise en relief par de chaudes couleurs étouffantes, et les scènes de conflits bien montées emportent notre intérêt, en dépit de quelques effets parfois appuyés.

      Cependant, ce n’est pas tant le sujet qui use à la longue, mais le caractère prévisible des face-à-face entre le bourreau et ses victimes. Chaque éclat de colère de ce père malsain préfigure un apaisement sournois qui, à son tour, annonce une nouvelle mortification, et ainsi de suite comme une scène répétée en boucle. Beaucoup de mots sont martelés, sans relâche, par Andrew que Bill Nighy campe avec talent tandis que Pablo Trapero portraiture son personnage avec flair, reconnaissons-le. Ce vieil homme craintif et rude, considéré comme un génie, est à côté de la plaque, enfermé dans la bulle qui lui éclatera au nez, et n’admet pas sa déchéance ni son incapacité de se confronter au monde réel. Une sorte de grand invalide tombé de son pied d’estale qui se croit encore emporté vers les sommets.

       Deux atouts restent à porter au crédit du film. D’abord la soustraction du personnage d’Andrew à la caricature qu’il pourrait inspirer. Ensuite, la mise en scène dans son ensemble, car les événements ne sont pas racontés dans un continuum. Ils se juxtaposent en permanence dans un jeu d’allers-retours entre le présent et le passé qui donne sa profondeur au récit en même temps que son ironie truculente puisque chaque réminiscence du passé révèle l’écart entre la dure réalité des faits et la manière dont Andrew les délire. Car ce personnage délire bel et bien et ne se sent que très peu concerné par le sort de ses deux fils aînés et de son ex femme. Toutefois la drôlerie du propos le cède parfois à la noirceur humaine. Pablo Trapero construit son regard sur les relations familiales avec un œil ironique pour stigmatiser le narcissisme pervers d’un homme taré, cynique, pathétique, touchant, agaçant qui s’agite et crie face à sa caméra dans une mise en abyme de l’exercice despotique du pouvoir. Tout peut être vrai et tout y est fou. Le cinéaste a le sens de l’atmosphère, mais il lui manque un point de vue.

      L’écueil de & Sons est qu’il évacue trop vite la folie du système qui a amené le vieil écrivain à prendre sa décision il y a vingt ans, la décision d’un homme dysfonctionnel, bien filmé indéniablement, mais dont le récit reste finalement superficiel et anecdotique. C’est un petit cauchemar intime instrumenté par un tyran ordinaire. C’est aussi un sujet en or pour le cinéma, lui-même générateur de fiction et de fantasmes pour mieux supporter le réel – ou s’en affranchir, mais le film ne convainc pas complètement même si le cinéaste traduit bien les turpitudes de ses personnages en jouant de la profondeur de champ. Il les surcadre, les inscrit dans des lignes horizontales et verticales, le spectateur ne sachant jamais dans quel genre il oscille : comédie noire, drame psychologique, rêverie morbide ?

      Ni pamphlet virulent ni drame à suspense, le film est une étude de mœurs, parfois acide. Un film hybride à mi-chemin entre les impératifs de la production et des fulgurances qui, elles, méritent le détour. Donc un long-métrage un peu déroutant, un peu perturbant qui dresse un bilan inquiétant de l’être humain et un film peut-être plus retors qu’il n’y paraît. Un jeu de contrastes d’autant plus salutaire qu’il maintient le spectateur à distance, pariant non pas sur son émotion, mais sur sa réflexion.

& SONS – Critique_ version espagnole

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