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Biográfico, Cine dentro del cine, Drama, HISTORIA

ELEONORA DUSE

Film de Pietro MARCELLO, France-Italie, 2025

Critique de Véronique GILLE

Durée: 125 min.

Année: 2026
Pays: Italie
Réalisation: Pietro Marcello
Scénario: Pietro Marcello, Letizia Russo, Guido Silei
Musique: Marco Messina, Fabrizio Elvetico, Sacha Ricci
Photographie: Marco Graziaplena

Interprétation: Valeria Bruni Tedeschi, Noémie Merlant, Fanni Wrochna, Fausto Russo Alesi, Edoardo Sorgente, Vincenzo Nemolato, Gaja Masciale, Vincenza Modica, Mimmo Borrelli, Savino Paparella, Vincenzo Pirrotta, Marcello Mazzarella, Federico Pacifici
Genre: Drame. Biographie. Film dans le film.

     Biopic quelque peu halluciné autour de la figure d’Eleonora Duse (1858-1924), actrice emblématique italienne, le film est une machine narrative lancée sur les voies de la fin de vie du personnage et dégage de sa forme opératique une énergie impétueuse et crépusculaire avant les années noires du fascisme. L’agrément du long-métrage réside dans le combat acharné d’Eleonora pour défendre son art, le théâtre, et sa vie libre. Ni ses années, ni ses troubles mentaux ne la feront plier. La voir lutter avec acharnement et mourir un peu plus à chaque plan a quelque chose de pathétique. Ce film est aussi un geste stylistique, poétique, photographique, politique.

     Les costumes, les décors des palais, la passion des scènes de répétition des œuvres théâtrales, l’usage des gros plans intenses et le jeu expressionniste des acteurs – admirable Valeria Bruni-Tedeschi – sont vraiment louables.  Film-théâtre commençant par un rythme lent qui ne cesse de s’amplifier jusqu’à sa fin. Dès les premières scènes, le ton tragique est présent puisque Eleonora rend visite aux soldats combattant durant la Première Guerre mondiale : blessés, morts, plaintes, pleurs, geignements, Eleonora s’en va-t-en guerre et la découvre, vêtue de noir et voilée comme une tragédienne. Ce torrent de fiction brasse un tableau de la folie humaine et de la montée du fascisme.

      On peut dire que le film est une réussite sur la forme, à la fois simple et grandiloquente, mais on ne peut en dire autant sur le fond, trop mécanique et répétitif. Il dessine le portrait d’une femme obstinée, exaltée jusque dans le désespoir et si l’oeuvre est de facture trop classique et ne craint pas l’emphase, Pietro Marcello les transcende parfois grâce à l’interprétation de son actrice principale dévouée corps et larmes et au souffle de sa mise en scène. En filigrane émerge le totalitarisme que les mécanismes du spectacle théâtral, son culte de la vedette, sa force d’identification et de fascination mettent en exergue tout en les exploitant pour subjuguer le peuple. Émouvante héroïne de ce mélo, Eleonora elle-même devient durant quelques instants une victime consentante.

       Le cinéaste joue avec une certaine aisance de la discrète originalité des cadres, du rapport d’opposition et de dépendance entre l’avant-plan et l’arrière-plan. Il suspend le sens au profit de sensations plus captivantes qui plongent les spectateurs au cœur des questionnements de sa protagoniste. Le film porté par une musique mi-opératique, mi-hollywoodienne peut faire redouter quelques signes racoleurs censés annoncer la lutte d’Eleonora,  mais on se rend compte que le film ne tombera pas dans ce travers. Il s’agit simplement d’épouser la fièvre de son personnage, de s’imprégner de ses rêves sans pour autant sombrer dans la fascination, dans la complaisance à son égard.

      Les jeux d’ombre et de lumière mêlent aux prises de vues fictionnelles des images d’archives qui irriguent l’action : le film comme réminiscence des derniers moments d’Eleonora en interrogeant les images. Lorsque les scènes fictionnelles laissent la place aux images d’archives, l’idée est de créer une ouverture qui rend palpable et irréfutable le vide laissé par la disparition d’Eleonora. Ce qui est beau, chez elle, c’est sa semi-folie : obstinée et impétueuse, elle demeure pourtant constamment sûre de son fait. Sa situation n’est pas politique, c’est simplement une femme entière, attachée à l’idée de fidélité envers ses propres idées et dont le combat intime en ce qu’il met à jour peut prendre des significations politiques.

     Mais Pietro Marcello préfère le (mélo)drame humain à la fresque historique. Il est aidé par la charge émotionnelle de l’histoire  (“la petite Histoire”) qui l’inspire. Quand Eleonora tempête, quand Eleonora supplie ou poursuit, les images et la musique sont au diapason. Le film démarre lentement, mais peu à peu le réalisateur parvient à rendre intéressante et émouvante l’histoire d’une artiste têtue et libre, ayant trouvé l’interprète à la hauteur de l’enjeu. Valeria Bruni-Tedeschi réussit à rester sobre dans l’exaltation. On la voit se faner, vieillir sans prouesse d’un maquilleur, de l’intérieur, à la recherche de sa vérité pour partir avec elle.  

DUSE – Critique version espagnole

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