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Adolescencia, BCN FILM FEST, CRIMEN, Maternidad, Thriller

UNIDENTIFIED

Film de Haifaa AL-MANSOUR, Arabie Saoudite, 2025

Critique de Véronique GILLE

Durée:  99 min.

Année: 2025
Pays: Arabie Saoudite
Réalisation: Haifaa Al-Mansour
Scénario: Haifaa Al-MansoArabie Saouditeur, Brad Niemann
Músique: Amelia Warner, Sam Thompson
Photographie: Monty Rowan

Interprétation: Mila Al Zahrani, Shafi Al Harthi, Abdullah Al-Qahtani, Aziz Gharbawi, Othoub Sharar, Adwa Alasiri,
Genre:   Intrigue. Thriller. Crime. Adolescence. Maternité

     Le corps sans vie d’une adolescente est découvert dans le désert. Personne ne la réclame par crainte de la honte qui pourrait éclabousser l’honneur de sa famille. Elle avait seize ans. Une enquêtrice novice, Nawal – en réalité, elle est archiviste dans un commissariat de ville – s’intéresse de très près à cette affaire énigmatique. Ses supérieurs tentent d’entraver ses recherches, mais la sagacité de la jeune femme l’emporte et ils cèdent devant tant d’obstination et de dévouement. Sous une pression grandissante, le film est construit comme un puzzle où les morceaux de l’enquête s’imbriquent peu à peu sous l’effet de flash-backs réitérés et incorporés pour la résolution de l’énigme.

     Malgré la forte présence de ces flash-backs, la réalisatrice joue l’unité de temps et de lieu pour accroître la tension, s’arrime au beau visage de Mila Al Zahrani dans le rôle de Nawal et à la colère rentrée du personnage, bouillant de l’intérieur, luttant pour ne pas craquer. Ce thriller avec son retournement final n’est pas un tract politique pour dénoncer la condition féminine du pays, bien que par touches successives celle-ci apparaisse clairement. Le film épouse l’histoire de Nawal qui vient de divorcer et qui se voit reprocher sans cesse ce nouveau célibat forcé. Elle porte un masque une grande partie du film, et l’interprétation convaincante de Mila Al Zahrani permet au spectateur de reconstruire ses souvenirs et les morceaux de sa vie tout en cachant sa propre vérité.

     Haifaa Al- Mansour aborde plusieurs thèmes de société qui sont universels et, parfois, plus spécifiques aux sociétés moyenne-orientales, dans ce film patchwork : le jugement porté sur l’autre, l’honneur familial encore porté par la femme jeune, la condition féminine, le machiavélisme, la supériorité ancestrale et atavique de l’homme… Certains thèmes et quelques scènes se font écho (les scènes de photocopiage, les scènes dans le désert) et donnent une sensation répétitive de regarder un film plutôt lent et poussif. Les acteurs jouent leur partition de manière inégale, le commissaire est bien débonnaire et on peine à croire au couple qu’il compose avec cette jeune enquêtrice téméraire.

     Chaque fois, Nawal nous prend à témoin lorsqu’elle est incriminée ou essuie les brimades inquisitrices de ses supérieurs ou de sa famille avec un regard face caméra pendant que, tenus hors champ, les représentants d’un pouvoir liberticide la renvoient à son statut de femme. Sur la longueur, le principe théâtral et conceptuel finit tout de même par montrer ses limites. Bien que le film reste bien sage, on devine derrière la retenue de la mise en scène l’intention louable de la réalisatrice de figurer la perniciosité  rampante du régime saoudien, mais à rester scolaire, elle contraint son film en ne fuyant pas une société figée dans les conventions sociales et religieuses.

    Ainsi le cadre oppressant, les plans en perspective qui accompagnent les jeux d’emprise entre les personnages, le travail de la photo lumineuse ou obscure permet de mettre l’exergue sur la “supériorité” masculine dans un univers où elle n’est pas questionnée. Mais l’approche de cette thématique n’est pas audacieuse et ne demeure qu’un constat honnête, quoique rebattu aujourd’hui, d’une société en butte à la violence du réel. Le film est-il un plaidoyer pour le droit des femmes ? Est-ce une excuse justifiée de certains comportements ? À dire vrai, on ne sait pas. Faut-il ou non condamner systématiquement les hommes ? À dire vrai, on ne sait pas. Est-ce un film à voir ? À dire vrai, on ne sait pas non plus…

Vue au BCN FILM FEST X de Barcelone.

UNIDENTIFIED _Critique_ version espagnole

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