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Drama, Familia, Homosexualidad, Maternidad

LOVE ME TENDER

Película de Anna CAZENAVE CAMBET, Francia, 2026

Crítica de Véronique Gille, traducción adaptada

Durée: 134 min.

Année: 2025
Pays: Francia
Réalisation: Anna Cazenave Cambet
Scénario: Anna Cazenave Cambet. Libro: Constance Debré
Musique: Maxence Dussere
Photographie: Kristy Baboul Grémeaux

Interprétation:  Vicky Krieps, Antoine Reinartz, Monia Ghokri, Viggo Ferreira-Redier, Féodor Atkine, Park Ji-min, Manuel Vallade, Aurélia Petit, Salif Cissé, Oumnia Hanader, Pierre Aussedat, Thomas De Pourquery, Martine Schambacher,
Genre:   Drame. Maternité. Homosexualité. Paternité.

     Comment filmer la lutte de Clémence, personnage principal et mère de Paul, sans tomber dans le piège de la démonstration appuyée et manichéenne ou de la commisération bien pensante ? À cela Anna Cazenave Cambet répond avec une mise en scène subtile qui, sans atténuer la force émotionnelle de sa fiction réaliste, seconde celle-ci d’une force poétique (la voix-off de Clémence, les vues de Paris à l’aube ou au crépuscule et les scènes touchantes avec Paul). Entre mouvement de fuite éperdue et instants suspendus porteurs d’un espoir gangrené car le conflit qui explose est fait de silences, de mensonges et d’interdits, le film compose une belle élégie en hommage aux mères victimes de la discrimination et de l’ostracisme luttant pour leurs enfants.

     Sous nos yeux, Clémence – sublime Vicky Krieps – se libère et ose apprendre à son mari, Laurent, que depuis leur séparation elle a “des histoires d’amour avec des femmes”. Le mari fait mine d’être content pour elle, mais s’apprête à la punir d’oser vivre sans lui. Bien que Paul, leur enfant, soit là, avant tout. La vie de Clémence bascule lorsque Laurent, éconduit, aidé par un système judiciaire implacable, lui retire la garde de Paul. Elle ne veut pas imaginer qu’elle est sa mère et Paul ne peut pas s’imaginer qu’il est son fils car ils ne doivent pas être une fiction l’un pour l’autre. Le film est un appel : un appel à l’humanité des hommes, à la résistance des femmes pour un réenchantement de leurs relations. Grâce à une mise en scène solide, la réalisatrice sonde au plus près l’intimité d’une mère, liée à l’amour pour son fils.

       Parfois, le film danse au bord du précipice de l’hystérie, mais ce ne sont que vertiges de l’amour. Anna Cazenave Cambet sait tirer vers le haut ses acteurs, en particulier Vicky Krieps et Mona Chokri, l’amante aimée de Clémence. La caméra est proche, très proche et la mise en scène capte au plus près les personnages, dit leur douleur, leur incompréhension. Le film fait preuve d’une lucidité accablante et d’une sensibilité à fleur de peau, d’où cette impression  troublante de pénétrer dans l’intimité du personnage pour assister à des moments de vérité. Dans ce domaine, la cinéaste sait créer l’illusion du réel avec des numéros de jeu intenses. C’est dur, c’est doux, c’est fort, c’est beau et toujours juste grâce à la patience de la caméra.

       Love me tender est un regard féminin – le film se rive avant tout au seul point de vue de Clémence, suppliciée mais pas consentante -. Les moments où Clémence offre sont presque des instants de grâce : quand la caméra caresse son visage, ses mains, sa nuque et ceux de Paul avec des images de leur amour intact lors de leurs entrevues, on touche à une vérité saisissante. La réalisatrice ne se complaît jamais dans le pathos, prenant même soin d’éviter de charger davantage le personnage de Laurent, blessé, mais encore amoureux (même si cela peut aussi être vu comme une faiblesse du film). Vicky Krieps habite son rôle avec l’intensité de l’évidence. Malgré un récit un peu trop binaire qui peut agacer par sa longueur, le film est porté par un imposant solo d’actrice et est pourvu de réelles qualités d’écriture et d’interprétation dans les seconds rôles.

     Sans avoir la lourdeur d’un film à thèse, cette œuvre donne à réfléchir et c’est l’intelligence du film que d’avancer à tâtons pour mieux basculer de temps en temps. Une habileté qui ne relève pas de la manipulation de la cinéaste. Une vision attentive du film révèle que, si l’on a été surpris, on n’aurait pas dû l’être. Parfois, le film quitte sa chrysalide de fiction au réalisme épuré, sans emphase ni fioriture. D’autres fois, il ressemble à un portrait sociologique d’un monde adulte en crise qui sacrifie ses enfants. Le film souligne moins l’actualité de ce drame familial que sa permanence et ne perd jamais la chair de ses personnages. Vicky Krieps fait merveille dans le rôle de mère captive. Extrêmement vibrante, elle reprend à son compte le registre nuancé voulu par la réalisatrice pour tout le film : une manière de rester à la surface polie et policée de la vie pour mieux en cacher la face cachée. Une preuve de plus que les sentiments de perte, d’injustice et d’amour continuent de façonner la nature humaine.

     L’égale empathie que témoigne Anna Cazenave Cambet pour Clémence et Paul, sa manière de faire progressivement connaissance avec chacun est plutôt prenante même si le film paraît dilué, trop long et par moments, manquant d’intensité. On ne saurait dire qui de Clémence ou de Vicky Krieps habite l’autre et la sagacité de la réalisatrice est d’avoir rendu possible cette alchimie. Elle a su mettre aussi en valeur les qualités et les défauts de ses personnages, les rendre humains tout simplement, si proches de nous. Vicky Krieps fait sentir, sous son apparente maîtrise, les tremblements profonds. La mise en scène marie dans un parfait équilibre le désarroi inévitable de son héroïne et sa force de caractère. Le film est incertain, mais joue avec subtilité de l’incertitude en racontant l’histoire de quelqu’un qui chancelle autant qu’il tient bon. Sur son vélo, Clémence roule, ouverte à tous les possibles dans un présent qui semble infini.

      Souvent, un même plan relie liberté et solitude. Est-il si difficile aujourd’hui de tenter de se donner de l’amour, de s’efforcer de s’autoriser la liberté, débarrassé des rôles et des mensonges ? Pourquoi l’émancipation de la femme déroute-t-elle encore autant aujourd’hui ? Pourquoi ne peut-on pas remettre en question la maternité comme norme sociale et l’identité comme construction imposée ? Choisissant une mise en scène sensorielle au plus près des peaux et des gestes, le film nous accompagne vers un épilogue poignant de simplicité et trouve la juste distance entre les désirs romantiques et l’attachement farouche à la liberté de Clémence. Son histoire pour un beau film.

LOVE ME  TENDER – Critique version espagnole

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